Statut et distribution

L’aire de répartition géographique des chimpanzés d’Afrique de l’Ouest, Pan troglodytes verus Schwarz, 1934, couvre huit pays d’Afrique de l’Ouest et des habitats très divers : forêts tropicales humides le long du littoral, régions montagneuses du Nimba et de Lofa, haut-plateaux vallonnés du Fouta-Djallon au nord, mosaïque de savane adjacente à la zone soudano-sahélienne. Les hommes et les chimpanzés coexistent dans cette région depuis des milliers d’années. Alors que la population humaine a explosé ces dernières années, celle des chimpanzés a connu un déclin abrupt, voire disparu d’une grande partie de son aire de distribution initiale. Au cours des deux dernières décennies, le nombre de chimpanzés en Afrique de l’Ouest a diminué de 80%, une tendance qui se poursuivra si des mesures concertées et bénéficiant d’un soutien local, national et international ne sont pas prises immédiatement.

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État des connaissances sur la distribution des chimpanzés en Afrique de l’Ouest

Pan troglodytes verus est présent dans huit pays : en Côte d’Ivoire, au Ghana, en Guinée, en Guinée-Bissau, au Liberia, au Mali, au Sénégal et en Sierra Leone.

Les chimpanzés ont disparu du Bénin, du Burkina Faso et du Togo (Ginn et al. 2013; Campbell & Houngbedji 2015). Le Ghana risque de s’ajouter bientôt à cette liste, car il ne reste plus que quelques individus dans le sud-ouest du pays.

La Guinée, le Liberia et la Sierra Leone abritent les plus grandes populations de chimpanzés dans la région (voir ci-dessous). En Côte d’Ivoire, leur nombre a décliné de 80% depuis 1990 en raison de pressions anthropiques et de la conversion des terres, entrainant une contraction de 20% de l’aire de répartition. Seuls quelques centaines d’individus subsistent dans deux parcs nationaux, Taï et Comoé (Campbell et al. 2008; Granier et al. 2014).

Les données sont rares en ce qui concerne les limites de la distribution en Guinée-Bissau, au Mali et au Sénégal. Selon de récentes informations, les limites septentrionales se situeraient près de Hérémakhono au Sénégal (Wessling et al. 2019, Wessling et al. 2020). Des inventaires effectués au Sénégal indiquent que les chimpanzés y sont répandus malgré une divergence entre les estimations modélisées et les estimations publiées précédemment. Au Mali, les limites de la distribution sont floues ; aucun inventaire n’a été effectué en-dehors des parcs nationaux du Bafing et du Moyen-Bafing depuis 2004 (Duvall 2008). La large distribution des chimpanzés en Guinée-Bissau est confirmée (Carvalho et al. 2013; Bersacola et al. 2018), mais les tendances de la population ne peuvent être dégagées en l’absence d’estimations historiques.

Distribution actuelle et antérieure des chimpanzés d’Afrique de l’Ouest
Selon Kühl et al. 2017 (carte: Tenekwetche Sop)

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Déclin alarmant du nombre de chimpanzés en Côte d’Ivoire

La Côte d’Ivoire est un pays où l’évolution des populations de chimpanzés d’Afrique de l’Ouest a fait l’objet d’un suivi temporel, révélant un déclin exceptionnel et sans précédent. Le pays abritait autrefois l’une des populations les plus importantes de cette sous-espèce, mais les milieux naturels ont disparu sur presque tout le territoire au profit du secteur agro-industriel (café, cacao, huile de palme par exemple). Aujourd’hui, les chimpanzés subsistent en grande partie dans deux parcs nationaux seulement : Taï et Comoé. Ces deux parcs n’abritent que quelques centaines d’individus tandis que les populations hors de leurs limites comptent moins de 100 individus. Des déclins similaires ont été enregistrés même dans des aires protégées, comme dans le Parc National de la Marahoué où les chimpanzés ont disparu en quelques années seulement en raison du non-respect des lois, de l’absence de contrôle de l’immigration et d’une mauvaise gestion du parc. L’aire de répartition du chimpanzé en Côte d’Ivoire s’est réduite de 70,3% (T. Sop, comm. pers.). Une analyse de l’évolution de la population de chimpanzés dans le pays montre un déclin marqué dès 2008. Ce déclin a persisté jusqu’en 2014 malgré des efforts de conservation importants et de longue date en Côte d’Ivoire, ce qui illustre la difficulté d’atténuer les menaces sur les chimpanzés dans la région.

Distribution actuelle et antérieure des chimpanzés en Côte d’Ivoire, soulignant les sites où les chimpanzés ont disparu
Selon Campbell et al. 2008 and Kühl et al. 2017 (carte: Tenekwetche Sop)

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Estimations des populations

La base de données de l’UICN sur les populations, l’environnement et les inventaires de grands singes ( ci-après APES ) a été créée en 2005 (Kühl et al. 2007). Ce répertoire comprend plusieurs séries de données d’inventaire (énumérées dans Sop et al. 2018), y compris de la partie guinéenne du Fouta-Djallon, ainsi que des séries de données nationales pour la Côte d’Ivoire, le Liberia et la Sierra Leone. Associer des inventaires locaux et à grande échelle permet de faire une projection des estimations pour les zones non inventoriées et d’obtenir des tendances générales. Au niveau régional, Kühl et al. (2017) ont compilé les données d’abondance de 35 sites afin d’estimer les tendances démographiques et la répartition géographique. Heinicke et al. (2019a) ont compilé 52 inventaires de la densité pour modéliser la distribution de la densité. 

Modélisation de la distribution de la densité des chimpanzés d’Afrique de l’Ouest dans leur aire de répartition
(reproduction tirée de Heinicke et al. 2019a, CC BY 3.0)

Figure 2-3 Modelled density distribution (reproduced from Heinicke et al. 2019a, CC BY 3.0

Zones importantes pour la conservation

En appui à la planification systématique de la conservation des chimpanzés d’Afrique de l’Ouest, Heinicke et al. (2019c) ont utilisé la modélisation de la distribution de la densité de chimpanzés présentée ci-dessus et un algorithme de priorisation spatiale pour identifier les zones géographiques importantes pour la conservation de la sous-espèce. Sur la base de scénarios prenant en compte les différentes échelles spatiales et les cibles de conservation, l’étude a identifié le Fouta-Djallon et 14 zones transfrontalières entre la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone comme étant primordiales. Pendant que ces zones se recoupent fortement avec les zones prioritaires identifiées dans le premier plan d’action régional pour cette sous-espèce (Kormos & Boesch 2003), l’analyse met en lumière l’importance d’une connectivité nord-sud dans l’aire de répartition, du sud du Sénégal au nord de la Sierra Leone. Les zones cartographiées sont présentées ici pour contribuer aux processus de concertation avec les parties prenantes, par exemple pour l’extension d’un réseau d’aires protégées, l’identification de sites prioritaires, la désignation de zones interdites aux projets industriels et d’infrastructures et le ciblage d’activités de conservation en-dehors des aires protégées. Pour les pays comme le Ghana qui abritent des petites populations de chimpanzés, l’exécution de scénarios au niveau national sera plus instructive pour cibler les activités de conservation. D’autres informations sont disponibles dans la base de données APES .

 Zones importantes pour la conservation des chimpanzés d’Afrique de l’Ouest 
 identifiées par la somme du nombre de fois où une subdivision a été choisie dans les 27 scénarios qui recouvrent les zones prioritaires définies dans Kormos et Boesch (2003) pour (a) Comoé, (b) Diéke, (c) Fouta Djallon, (d) Ghana-Côte d'Ivoire frontière, (e) Côte Guinée-Guinée-Bissau, (f) Haute Sassandra et Mt Péko, (g) Haut Niger, (h) Forêts Lofa-Mano-Gola, (i) Monts Loma, (j) Plateau Manding, ( k) Marahoué, (l) Monts Nimba, (m) Outamba-Kilimi et frontière guinéenne, (n) Taï-Grebo-Sapo-Cestos, (o) Ziama et Wonegizi
(reproduction tirée de Heinicke et al. 2019c, CC BY 3.0)

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